
Philosophe, alchimiste et médecin suisse, Philipp Theophrast von Hohenheim (1493-1541) prit le nom latin de Philippus Theophrastus Paracelsus, en français Paracelse.
Son cheminAllergique à tout argument d'autorité, Paracelse fait une lutte acharnée contre la médecine de Galien. Titulaire d'une chaire de médecine à l'université de Bâle, Paracelse ne cesse de s'opposer à l'enseignement traditionnel. Il devient le premier professeur à donner ses cours en langue allemande, alors qu'il est d'usage de les donner en latin. Il troque la prestigieuse toge du médecin pour une vulgaire blouse de laboratoire. Et surtout, il brûle les manuels classiques de médecine devant l'Université. Six ans auparavant, Luther avait ainsi défié l'autorité du pape en brûlant la bulle et les statuts de Rome à la porte de Wittenberg. Le tempérament querelleur, arrogant et récriminateur de Paracelse, ainsi que toutes les connaissances et les expériences qu'il a accumulées à travers ses études et ses nombreux voyages constituent un terreau fertile pour l'élaboration d'une pratique médicale toute personnelle. Sa devise: «Alterius non sit qui suus esse potest» : « Qu'il ne soit pas un autre celui qui peut être soi-même» reflète bien l'esprit indépendant et le mépris de l'autorité, qui lui ont valu le surnom de Luther de la médecine.
Lorsqu'il quitte son maître Trithème, à l'âge de vingt-deux ans, Paracelse a saisi le lien commun qui unit ces trois disciplines: le monde est UN dans son essence et «tout évolue vers une transmutation définitive de toute imperfection en une radieuse unité».
Prince des deux médecinesSans ambages, fier et fougueux, il s'intitule Prince des deux médecines - celle du corps et celle de l'âme. On lui accorde un don extraordinaire de clairvoyance et des qualités non moins exceptionnelles de guérisseur. Aussi, la rumeur en fait-elle volontiers le familier du diable. Il a pour particularité de porter toujours une longue épée qu'il tient, dit-on, d'un bourreau et dont le pommeau renfermerait la Pierre des Sages. Peu soucieux de ses biens, moins encore de sa renommée, la jeunesse enthousiaste le suit et les pauvres, pour lesquels il a une sorte de culte, s'émerveillent et partout l'honorent. Excommunié de la faculté mais libre dans ses convictions religieuses, il prêche le Christ et la Nature. Libre également dans ses convictions médicales, il proclame : « C'est moi que vous devez suivre, et non pas le contraire ! Suivez-moi, vous, Avicenne, Galien, Rhasès et Montagnana ! C'est à vous de me suivre, non à moi. Vous de Paris, vous de Montpellier, vous de Souabe, vous de Meissen, de Cologne, de Vienne, du Danube, du Rhin ; toi Italie, toi Dalmatie, toi Athènes, toi le Grec, toi l'Arabe, toi l'Israélite. Vous devez tous me suivre et non moi. Je serai le Monarque, et à moi sera la Monarchie ! ».
Paracelse, dans la Renaissance érudite où domine la culture classique est une force en marche, à l'assaut d'une recherche toujours nouvelle et combattante. C'est pourquoi il propose qu'on piétine les vieux livres.
Sa seule loi est celle de guérir. Il promène un regard neuf partout, il voyage, il interroge et écoute parler les autres, il bouscule les habitudes. Il fait serment de ne point soigner de prince qui ne l'ait, au préalable, équitablement pourvu d'honoraires, "ni noble en son château, ni moine, ni nonne exerçant pouvoir". Et si un médecin vient à tomber malade, il le soigne et le fait payer cher. Mais en revanche, il n'accepte jamais l'argent d'un pauvre.
Un tel homme apparaît comme une sorte d'outrage aux yeux de la société. Sa vie est faite de voyages. Il demeure à Bâle sa plus longue période, un peu plus de dix-huit mois. Il ne séjourne que trois à quatre mois au plus à chaque halte. Il va entres autres en Suède, à Venise, en Angleterre, au Portugal, en Pologne.
Astrologue, alchimiste, guérisseur merveilleux, Paracelse a ébloui ses contemporains ou les a irrités. Malgré ses comportements imprévisibles, il a faits de magnifiques découvertes. Ce fut un précurseur qui choquait les esprits. Le souci constant de Paracelse fut d'intégrer l'homme dans l'univers et de l'expliquer par ses rapports avec le cosmos entier.
« La Nature est une et son origine est une. Un vaste organisme dans lequel les choses naturelles s'harmonisent et sympathisent réciproquement. Le macrocosme et le microcosme ne font qu'un. Ils ne forment qu'une constellation, une influence, un souffle, une harmonie, un temps, un métal, un fruit. »
« Personne ne peut démontrer que les métaux sont morts. En effet, leurs sels, leurs soufres et quintessences ont une très grande force pour activer et soutenir la vie humaine. »
Passant pour un empoisonneur, il préconisa : « N'employons pas l'antimoine en orfèvre mais en médecin. »
Dans ces traités, on trouve les enseignements suivants :
« Pour soigner la pierre, utilise la pierre. La pierre broyée et dissoute in vitro broiera et dissoudra la pierre in vivo. »
« Nous enseignons que ce qui guérit l'homme peut aussi le blesser ; et que ce qui l'a blessé peut le guérir. L'ortie peut être transformée afin de ne point brûler, comme la flamme afin de ne point roussir et la chélidoine afin de ne pas cicatriser. Ainsi les semblables sont utiles dans la guérison. »
« Ce serait un désordre complet si nous cherchions les cures dans les opposés. C'est pourquoi chaque maladie doit avoir un remède semblable à elle-même. »
« Le semblable guérit le semblable, le poison élimine le poison, le crabe lutte contre le chancre, la pierre dissout les calculs. »
En ce qui concerne la théorie des grandes dilutions, voici ce qu'on peut lire :
« La quintessence d'une plante est si efficace qu'une demi-once opère plus que cent de la plante en son état naturel. »
Le fondement de sa médecineOn ne peut guère attribuer à Paracelse de découvertes médicales de nature fondamentale. Cependant, plusieurs intuitions remarquables nous permettent de le qualifier de visionnaire.
Les quatre piliers sur lesquels repose la médecine de Paracelse sont la philosophie, l'astronomie, l'alchimie et la vertu du médecin. À ces quatre éléments s'ajoutent trois substances qui constituent les corps et cinq entités ou forces qui causent les maladies. Selon Paracelse, le corps est composé de trois substances: le soufre, le mercure et le sel. Elles symbolisent le corps (sel), l'âme (soufre) et l'esprit (mercure). Chacune des substances est choisie selon sa réaction au feu. Ainsi, le soufre représente tout ce qui brûle, le mercure tout ce qui s'évapore et le sel tout résidu incombustible. Des causes externes peuvent provoquer dans chacune des trois substances des réactions qui sont contraires au maintien de la santé. Cette dernière dépend donc d'une relation appropriée entre les trois substances.
Pour Paracelse, l'entité astrale concerne la prédisposition à la maladie: «Les astres eux-mêmes ne peuvent exercer aucune influence; mais, par leur exhalaison, corrompre seulement et contaminer le Mysterium, par lequel ensuite irons sommes empoisonnés et affligés. Et l'entité astrale se comporte de telle sorte qu'elle dispose nos corps tant au bien qu'au mal par ce moyen.»
L'entité toxique concerne la digestion : « L'alchimiste (l'estomac) est ainsi appelé parce que, pour accomplir son action, il se sert de l'art chimique. Il sépare le mauvais du bon. »
« Toute chose corrompue est un poison pour le lieu dans lequel elle séjourne» ce qui correspond à ce qu'on appelle aujourd'hui une intoxication locale.
«L'air que nous aspirons n'est pas sans contenir un venin auquel nous sommes principalement soumis». Paracelse a le mérite d'avoir le premier à signaler les intoxications d'origine respiratoire et à recommander l'aération des hôpitaux.
L'entité naturelle concerne la théorie du microcosme lié au macrocosme: «Tel le ciel, avec tout son firmament, sa constellation et autres attributs, existe selon et pour lui-même, tel l'homme sera aussi puissamment constellé d'astres, à l'intérieur de lui et pour lui.» Paracelse associe les sept principaux organes au soleil, à la lune et à cinq planètes.
«Le firmament de cet enfant dans sa nativité, indique la prédestination, c'est-à-dire combien de temps l'entité naturelle doit suivre son cours.» Certains auteurs ont vu dans ce firmament intérieur un symbole de l'hérédité.
L'entité spirituelle concerne la psyché et les maladies mentales: «Une telle lésion provient alors de l'esprit, puisque l'esprit existe dans le corps. Donc, le corps souffre déjà et devient malade, non matériellement, par l'entité matérielle, mais par l'esprit. Ici donc la médecine spirituelle est requise.» Pour la première fois dans l'histoire de la médecine, quelqu'un évoque la nécessité d'une psychothérapie.
«La lecture des rêves est un grand art, car ceux-ci ne sont pas dépourvus de sens», ce que les psychanalystes allaient redécouvrir quatre siècles plus tard...
L'entité divine concerne une sorte de prédestination qui s'apparente à la doctrine hindoue du Karma. Dans le cas des maladies envoyées par Dieu: « Si quelque malade vous est apporté, s'il guérit par votre médication, c'est que Dieu vous l'a confié, sinon, il ne vous a pas été envoyé par Dieu. Car si le temps de l'heure de rédemption est proche, alors seulement Dieu confie le malade au médecin, et jamais avant ce temps.»
Dans sa chirurgie, comme dans sa médecine, Paracelse met l'accent sur le pouvoir curatif de la nature. Il ne recommande l'opération qu'en cas de réelle nécessité, s'en tenant plutôt au traitement médical.
Des siècles avant Pasteur, Paracelse songe à tirer le remède du mal, puisque le mauvais en évoluant tend à devenir bon: «Il y a de grandes différences entre l'enseignement des anciens et le nôtre. Car nous enseignons que ce qui guérit l'homme peut également le blesser et ce qui l'a blessé peut le guérir.»
Pour Paracelse, le lien entre la maladie et son remède spécifique est si important qu'il suggère de nommer les maladies d'après le remède qui les guérit: «Vous ne devriez pas dire: cela est du choléra, ceci de la mélancolie, mais cela est arsenical, ceci est alumineux. Si vous dites: telle maladie est celle de la mélisse, telle autre de la sabine, vous avez déjà nommé la cure.»
Par ailleurs, la thérapeutique de Paracelse se soumet à la tradition astrologique dans le choix du moment propice à l'administration de la cure: «Si le ciel ne t'est pas favorable et ne consent pas à diriger ton remède, tu n'arriveras à rien.»
Certains de ses livres parurent de son vivant, tels Grande Chirurgie et Prognostic, en 1536, mais la plus grande partie de ses écrits, qui comprennent, entre autres, Opus paragranum et Liber paramirum ne furent publiés qu'après sa mort.
Il se pourrait aussi que la fondation de l'Ordre des Rose-Croix implique Paracelse car il utilisait les symboles de la rose et de la double croix dite lorraine et prédit la venue d'Elias-Artista, l'Esprit radiant, ambassadeur du Paraclet et personnification future de l'Ordre. La théorie médicale de Paracelse innovait en établissant des correspondances alchimiques entre les différentes parties du corps humain, le Microcosme, et celles de l'univers considéré dans sa totalité, le Macrocosme.
Grand hermétiste, Paracelse est à l'origine d'une série de découvertes médicales dont chacune aurait suffi à rendre son auteur célèbre. Et, pour tenir compte de toutes les dimensions de sa production intellectuelle, il faudrait parler de gnose. Il resta pourtant un médecin maudit et un génie méconnu.
Quelques citations de Paracelse « Ne sois pas un autre, si tu peux être toi-même »
« Si le Christ a dit : scrutez les Écritures, pourquoi ne dirais-je pas : scrutez les choses de la Nature ! »
« A quoi nous sert la pluie tombée il y a mille ans ? Est utile celle qui tombe aujourd'hui. »
« Je préfère les sentiers et les routes aux universités où l'on n'apprend rien ! »
« C'est la nuit qu'il est bon de spéculer car la nuit, le corps est sobre. »